Jeanne et Louis ont 40 ans et 2 enfants. Ils ont chacun un travail prenant. Ils déclarent s’aimer mais être insupportés par les relations qui alternent des hauts et des bas intenses avec de plus en plus de bas.
Y a-t-il un type de situation qui se répète ?
Louis trouve important pour l’équilibre du couple et la santé des enfants que l’horaire du coucher soit respecté.
Le soir, fréquemment, le fils aîné fait une scène à sa maman « Je ne t’ai pas assez vue, j’ai besoin que tu me lises 2 histoires…que tu me fasses un câlin… ». L’heure du coucher n’est pas respectée et Louis le vit très mal ; « A quoi cela sert-il que nous nous nous mettions d’accord lors de nos discussions si tu ne respectes pas l’accord ? Si tu ne respectes pas l’accord, c’est que tu ne me respectes pas, tu ne me reconnais pas. »
Jeanne marmonne « Tu es rigide. » et limite ensuite toutes les formes d’échange avec son conjoint. Ils constatent alors qu’une nouvelle fois leur relation est « en bas »
Processus à l’œuvre
Moins Louis se trouve pris en considération, plus il focalise sur ce qu’il estime bon pour la famille, il se rigidifie, se caricature.
Plus alors Jeanne s’enferme et à son tour trouve qu’elle n’est pas prise en considération.
Quelles pistes de sortie de crise ?
Pistes envisagées sur la forme :
Après les premières séances où nous avons examiné le contexte (spécificités de leurs enfants, points marquants de leurs histoires respectives), Jeanne et Louis ont accepté de tenter la mise-en-place suivante : les soirs où Jeanne se charge du coucher, Louis n’intervient absolument pas : ni « encouragements » (qui pourraient être interprétés comme des rappels à l’ordre) avant, ni, surtout, de commentaires après.
Pistes envisagées sur le fond :
Plus tard, nous avons examiné ensemble pourquoi Louis était si peu sûr, au-delà de l’instabilité éprouvée du système, d’être entendu par sa conjointe. En particulier, il avait été déçu par certaines attitudes de ses parents, qu’il estimait pourtant positifs. Plus précisément, il n’avait pas eu fondamentalement la certitude d’être reconnu par ses parents comme un individu à part entière, et non seulement comme le fils.
Nous avons examiné aussi pourquoi Jeanne ne tentait pas vraiment de rassurer son conjoint. Ce fut moins aisé, mais, in fine, l’hypothèse est qu’elle disait oui aux accords proposés par son partenaire pour lui faire plaisir et répondre ainsi à sa demande officielle d’appliquer des règles de vie quotidiennes. Elle n’avait pas pris conscience qu’en voulant lui faire plaisir, elle étouffait sa propre appréciation de ce qui faciliterait le quotidien.
Conclusion
Un accord pour « faire plaisir », quelle que soit la bonne volonté de celui qui y consent, n’engage pas de la même façon.
Celui qui fait plaisir utilise sa raison, voire sa volonté.
Or, c’est seulement le désir profond qui mobilise une pleine motivation. C’est ce désir profond, en cohérence avec l’individu, qui constitue une ressource qui aidera à faire face à des sollicitations complexes.
